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SON HISTOIRE

Des animaux, une faille, des hommes.

 

Conjonction de trois entités, l’histoire de la Régordane, route des Arvernes, naît d’une faille géologique, celle de Villefort qui constitue une sorte de fil conducteur dans les montagnes cévenoles. Elle draine les troupeaux de moutons instinctivement attirés par ce chemin plus aisé à travers les monts escarpés. A leur suite, les hommes prennent peu à peu possession des lieux, conduisant ces passages à devenir une artère incontournable du développement commercial et religieux entre le nord et le sud, donnant naissance à d’illustres villes telles que Saint Gilles et Le Puy, centre religieux du temps des pèlerinages et des croisades ; mais aussi Alès, ville connue plus tard pour sa foi/confession protestante.

 

Avant la Régordane

 

De nombreux  tumulis, dolmen, oppidums et peinture rupestre attestent de la présence de l’homme durant la préhistoire dans cette zone géographique. Les phéniciens, les grecs, les romains, les francs, furent les premiers à utiliser ce couloir. D’après Diodore de Sicile en 45 av JC, les phéniciens l’empruntaient pour le transport du minerai d’étain de l’île de Wight à la Phénicie en traversant la Gaule en 30 jours.

 

Les romains ont eux aussi profité de cette faille à leur avantage. Lorsque la Gaule devient romaine, quatre tribus se partagent les Cévennes : à l’est les Helviens (le Vivarais) au Nord les Gabales (proche des Arvernes) autrement dit le Gévaudan, à l’Ouest les Ruthénois (le Rouergue), au sud enfin, les Volques Arécomiques. Nîmes apparait. De cette conquête, la paix règnera sur la région, apportant une stabilité nécessaire au développement économique lié à l’exploitation des gisements métallifères et à l’agriculture. Ainsi Pline l’Ancien au 1er siècle après JC, vante le fromage de Nîmes, le « pagi » du Mont Lozère et des Gabales comme étant le plus réputé à Rome.  Cela révèle le rôle prépondérant du chemin de Régordane qui permet l’acheminement des produits de la transhumance dont le mont Lozère a toujours été un haut lieu. A cette époque il ne prenait pas encore le nom de Régordane, du moins aucune inscription ou document datant de cette période  ne permet de confirmer son existence.

 

Jusqu’en 843 on ignore le nom de ce chemin. Mais le traité de Verdun à cette même date lui redonne une certaine vigueur, il divise l’empire Carolingien de sorte que la frontière entre le royaume de France et l’empire se rapproche du Vivarais. Cet axe devient alors le trait d’union le plus oriental du royaume conduisant au port de Saint Gilles. (Voir histoire de Saint Gilles). Du Puy à Saint Gilles, l’afflux de pèlerins devient conséquent et de la faille de Villefort surgit peu à peu les prémisses de la route : le nom de Régordane apparaît.



 

L’âge d’or du chemin

 

Sur ce chemin plusieurs tronçons sont aménagés, des haltes sont créées, des chaussées pavées (appelées « calades »), des ponts sont construits (à ne pas attribuer aux romains). Ainsi le chemin prend forme, grâce à cette affluence de voyageurs les premiers péages apparaissent et certains sont plus convoités que les autres. Ils changent de mains par l’épée ou par la ruse. Le plus connu est celui de la Garde-Guérin. Il passe sous la protection de l’évêque de Mende. L’évêque du Puy obtient du Pape Eugène III en 1145, une bulle du Roi Louis VII le Jeune garantissant l’exclusivité de la construction de châteaux tout le long de l’itinéraire ainsi que le contrôle des péages et de leur mise en place. L’intérêt de l’évêque est donc de maintenir le flux de pèlerins et de gérer l’entretien des routes et chemins pour conserver un apport financier régulier sur les péages.



 

Une chanson de geste : le charroi de Nîmes

 

La prospérité de la route inspire les troubadours, au XIIème siècle l’un d’eux chante les aventures de Guillaume d’Orange, un héros légendaire qui part délivrer Nîmes des sarrasins (pour plus d'information consulté le livre tombé dans le domaine publique : Guillaume d'Orange le marquis au court nez. Chanson de geste du XIIe siecle. La route y est décrite, Le charroi de Nîmes devient une sorte de petit guide pour les pèlerins. Clermont, Brioude, le Puy, Monclar, Laval, Areste – Alès, Villenoble – Vézénobres, La Charmaite – la Calmette, Les carrières de Barutel… Tout y est. La notoriété de la Régordane se poursuit avec les premières croisades.   



 

Les croisades

 

Les croisades sonnent les heures de gloire de ce chemin. Il verra passer successivement quatre rois de France : Robert le Pieux en 1031 pour racheter ses fautes ; Louis IX (Saint Louis) en Aout 1254 de retour de sa 7eme croisade ; Philippe III qui relie Le Puy en 5 jours depuis Alès en passant par la Garde – Guérin ; Philippe IV le Bel en 1285 et 1303 ; Mais aussi le roi de Majorque ; l’Archevêque de Rouen : Eudes Rigaud… La situation de la ville de Saint gilles, à l’extrémité orientale du royaume de France, attire les ordres religieux comme les ordres militaires de Terre Sainte qui n’hésitent pas à positionner leurs premiers établissements dans ce port stratégique. Doté de quatre mouillages, il n’est pourtant pas idéalement localisé, « sur une côte basse, à l’intérieur des Terres et relié à la mer par un bras du Rhône ». Pourtant la ferveur autour du tombeau de Saint Gilles largement encouragée par l’abbaye bénédictine et la fréquentation décuplée du lieu saint permet à la ville de devenir le quatrième pèlerinage du monde chrétien.